Robert Piret

Robert Piret enseigne aux étudiants l’économie du cinéma et de la télévision aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années.

Depuis combien d’années enseignez-vous dans le MS Médias ? Votre spécialité a-t-elle évolué au cours de ces années ? 

J’enseigne dans le programme depuis les années ’90 un court cours électif sur le modèle économique du cinéma/TV aux USA, en contraste avec le système Franco-Européen, ou le « business model » est bien différent. Je cherche à prendre la perspective d’un « independent producer » à l’américaine, c’est à dire qui doit tout savoir sur les chaines de valeurs et leurs fonctionnements dans les métiers (création, financement, production, distribution, exhibition…), ainsi que « comment ca fonctionne à Hollywood » et pourquoi. Bien sur, avec le temps qui m’est alloué pour ce vaste sujet, je ne peux faire qu’un survole des éléments les plus importants. Mais au moins les participants auront une idée assez claire, je l’espère, des réalités outre-Atlantique,

Bien sur, il y eu de grandes évolutions au cours des années à prendre en compte, du à l’impacte des nouvelles technologies, des nouveaux medias, des jeux vidéos, des marchés, de la concurrence, des politiques et de la réglementation, de l’économie du secteur et mondiale…

Qu’est ce qui, selon vous, a changé au cours de ces années d’enseignement dans le MS Médias ?

Par exemple, on ne peut plus rester cantonné dans le silo « long métrage » d’en temps. Les différents pans du monde du « entertainement » et des medias communiquent et interagissent. Il faut donc savoir prendre chacun en compte et dans son ensemble pour bien comprendre, choisir et agir. Les complexités conceptuelles et pratiques grandissantes que cela représente ne peuvent être ignorées qu’à ses dépens. Donc de plus en plus je cherche à informer et intégrer au mieux ces différents éléments, leurs évolutions et histoires, et leurs impactes sur les opportunités, les métiers et les attitudes.

En quoi l’enseignement théorique sur l’économie du cinéma est-il fondamental pour vous ?

Au contraire, je pense prendre une approche très pragmatique et empirique. C’est nécessairement un mariage de « media » et « business », puisque c’est un media qui coute cher (au moins pour les américains) et qui est plein de risques et d’incertitudes. D’où l’importance clé de la distribution/vente en salle: c’est là que l’argent se fait vraiment. L’objectif envers les étudiants est, (1) soit vous voulez travailler là-bas, donc sachez comment cela marche vraiment là-bas, ou (2) soit « Hollywood » est le « grand ennemie », et donc connaissez au moins votre ennemie… Et pour bien comprendre la prépondérance actuelle des medias américain – y compris le cinéma – dans le monde, il faut bien comprendre d’où tout cela vient. Ce n’est pas venu par hasard. J’essaye d’ouvrir les yeux aux étudiants sur les choix stratégiques que peut et doit faire l’Europe – et ce que cela voudra dire dans le sens pratique de mise en œuvre – dans un monde de concurrence farouche et de changements accélérés.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du monde des médias en 15 ans ? Et sur l’évolution du cinéma ?

 Les medias prennent une place grandissante, mais changeante, dans notre monde actuel. On constate déjà, par exemple, que le « entertainement » des nouvelles générations est plus participatif,  interactif et customisable. Cela change les gouts et les comportements, ce qui aura certainement un impacte à prévoir (et auquel il faudra réagir) sur le cinéma-en-salle/TV « traditionnelle », où le « spectateur » est « passif ». Mais quoi qu’il en soit, Homo Sapiens Sapiens sera toujours à la recherche de « good stories », quitte à pouvoir les construire ou reconstruire en temps réel ou différé. Mais pour cela, il faut bien comprendre ce qu’on veut dire par « good story ». C’est peut-être la ressource la plus rare. Ce qui veut dire des choix clés de la part du « producer », par exemple, s’il veut pouvoir continuer à « faire du cinéma ».

Les médias sont-ils toujours un secteur d’avenir, selon vous ?

Notre « monde visuel » est en pleine évolution. En même temps, le cout de l’innovation s’est réduit dramatiquement. Par exemple, la capacité à chacun d’apporter visuellement au monde « son histoire » prendra plus en plus de place dans le monde de demain. Cela mènera à des changements tout aussi dramatiques dans le « secteur » (si l’on pourra toujours l’appeler comme cela: les frontières sont de plus en plus poreuses), sur les métiers, et les « business models », beaucoup encore à inventer. Donc, l’avenir est « énorme ».

Tout cela me fait penser à la vielle malédiction (que je crois chinoise) : « May you live in interesting times… »

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